Historique de la ville d'Auterive

 

La Chapelle Notre-Dame-du-Château

 

La Chapelle Notre-Dame-du-Château est une page d'histoire de la commune d'Auterive
avec sa part de légendes et sa part de faits réels.

La chapelle est bâtie au nord de la ville, quartier Saint-Paul, près de la place St-Roch,
adossée au mur du rempart au sommet duquel se trouve le Monument aux Morts actuel.
À proximité de l'ancienne Porte du Château, au-dessous de l'ancien Castela,
la nef et le chœur sont creusés dans le talus qui domine la rue.

 


Coll. L Latour (Carte ayant circulé en 1905)

La chapelle fut détruite pendant la Croisade contre les Albigeois.
Une nouvelle chapelle s'éleva, qui fut à son tour démolie pendant la Révolution.

Ce n'est qu'en 1859 que fut érigée l'actuelle chapelle Notre-Dame-du-Château.

 


Coll. F Dédominici (Carte ayant circulé en 1910)

La Chapelle du Château ou Chapelle du Calvaire aurait été construite pour invoquer
une protection à l'occasion d'un départ en croisade.

Les éditeurs de cartes postales ne sont pas toujours des historiens très précis quant à la légende
donnée aux clichés qu'ils se procurent. Ainsi, ils n'ont pas hésité à baptiser cette vue
Chapelle du Calvaire, en référence au voisinage de la Croix située au-dessus sur le Castela.

 


Coll. F Dédominici (Carte ayant circulé en 1912)

Chapelle du Château, fait référence cette fois à son emplacement en contrebas de la place du Castela
où se situait à l'origine le château de Montaut.

Quatre colonnes encadrent la porte d'entrée et soutiennent le clocher à deux étages.
Le premier niveau renferme la statue de la Vierge, couronnée, les yeux levés vers le ciel,
les bras écartés en un geste d'accueil et de protection.
À ses pieds, une plaque de marbre porte l'inscription :

Ils m'ont établie
La gardienne
De leur cité

Au-dessus de la statue, un clocheton surmonté d'une croix renferme la cloche datée de 1859.

 


Coll. L Latour (Carte ayant circulé en 1910)

 

Construite en 1859, inaugurée le 8 septembre 1859

 

Extraits des archives municipales :

* Séance du Conseil municipal de 1858 : Mr le Maire informe de la réparation à faire au mur du Château dont l'angle menace ruine. Enfin il informe aussi, que depuis quelque temps, l'autorité ecclésiastique lui avait donné connaissance d'un projet d'érection d'un monument ayant pour but de perpétuer la mémoire d'une chapelle dédiée à la Ste-Vierge, qui était autrefois précisément à l'angle du mur à reconstruire. Ce qui nécessiterait une plus grande solidité à donner à cette partie du dit mur et un surcroît de dépenses pour la Commune de 162.60 frs. Le Conseil demande des renseignements complémentaires.

* Séance du Conseil municipal de 1860 :Mr l'abbé Bonnet, vicaire de la paroisse St-Paul, sollicite l'autorisation de construire à ses frais une sacristie de 9.50 m de long à la partie nord du monument de ND du Château pour servir de décharge à la chapelle : accordé

 

Divers

* On célèbre souvent dans cette chapelle des messes votives et, journellement, les fidèles vont implorer la protection et les secours de la Vierge ; on y remarque plusieurs offrandes autour de l'autel.

* Mais en cette place St-Roch, le culte de la Vierge restait associé à celui du saint protecteur de la peste et des maladies contagieuses que l'on invoquait pour protéger hommes et bêtes de tous les maux infectieux. Les anciens auterivains se souviennent avec émotion que chaque année, à la Saint-Roch, la place était couverte d'attelages que l'on venait faire bénir devant la chapelle de la Vierge...

 

Historique***

 

Il existe à ma connaissance deux documents de référence sur cette Chapelle. Voici le plus important (en attendant le déchiffrage du second), des paragraphes (j'en ai condensé certains) du livre "Le Canton d'Auterive" écrit par Louis Latour et publié aux éditions "Empreinte".

 

*** L'histoire de cette Chapelle Notre-Dame-du-Château, fait l'objet de diverses interprétations qui se classent en :

 

Légendes :

Un Seigneur d'Auterive partant pour la Croisade fit construire sur la porte nord de la cité -la porte du Château- une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-la-Garde, pour protéger la ville en son absence.

Ce seigneur ayant disparu, la chapelle aurait été détruite pendant la Croisade contre les Albigeois, ce qui n'aurait pas empêché la Vierge de se manifester, même pendant la Révolution durant laquelle des fanatiques l'auraient détruite et démoli son piédestal. Un peu plus tard, lors de la démolition de la porte du Château, les responsables de la ville "eurent le soin scrupuleux de faire placer à l'angle du bastion qui soutenait la porte une petite madone en bois, au-dessus de laquelle la piété auterivaine entretint une lampe qui brûlait jour et nuit."

Peu avant 1860, enfin, fut construit "à la place de la petite madone une chapelle d'une architecture gracieuse, légère et fine".

Monument couronné par un clocheton élancé, d'un bon style ; à l'extérieur, dans la partie comprise entre le frontispice et le clocheton, se trouve une statue magnifique de la très-sainte Vierge, qui, les mains sur la ville et les yeux élevés vers le ciel, semble, sous une couronne d'étoiles d'or, invoquer pour tous la protection du Très-Haut. Une plaque de marbre blanc, placée aux pieds de la Vierge, porte cette inscription : ILS M'ONT ETABLIE LA GARDIENNE DE LEUR CITE.

 

Hypothèses :

Les textes anciens parlent d'une chapelle bâtie sur la porte du Château, alors qu'à l'origine il est probable qu'il se soit agi d'une simple niche abritant une statue de la Vierge.

La prise de la ville par les huguenots, en 1574, fut brève, mais laissa un mauvais souvenir. C'est pourquoi il est possible que cette chapelle ait été édifiée à l'entrée nord de la cité pour la protéger d'une éventuelle attaque protestante.

Les ex-voto qui tapissaient encore les murs au début du XXe siècle témoignaient que la Vierge du Château était aussi la protectrice des mariniers et des voyageurs qui, faute de pont, franchissaient l'Ariège à grands périls en utilisant les gués situés en aval de la Ville.

Mais surtout, face à la place Saint-Roch où s'élevait la maladrerie, la Vierge était invoquée à la fois par les malades de l'extérieur qui imploraient leur guérison et par les habitants de la ville qui la priaient d'éloigner la contagion, la lèpre et la peste, principalement. En cela aussi, elle était la protectrice de la cité.

 

Certitudes :

Le plus ancien document connu qui mentionne notre chapelle est le testament de Robert Savary, du 18 avril 1709, qui lègue le tiers de son hérédité propre à la chapelle... Le baile (chargé de l'administration) de la chapelle gérait les revenus des divers biens et les dons des fidèles, sous le contrôle du curé de St-Paul.

Ce dernier, ayant trouvé la chapelle prête à crouler, fut obligé de la faire prendre aux fondements, d'y faire faire une voute et de la rebâtir à neuf.

Cette chapelle se trouvait extérieure au talus de la ville, bâtie sur quatre piliers et une voûte au-dessus des fossés de la ville, la nef parallèle aux remparts, le mur pignon de l'entrée face à la porte de la ville. Du chœur partait une sacristie au dessus de laquelle s'élevait le clocher bâti sur le mur de la ville.

Cette belle chapelle fut aliénée vers la fin de la révolution, vraisemblablement en l'an VIII (1799), sous le Directoire, et détruite peu après. À notre connaissance il n'en subsiste rien.

 

Ci-dessous croquis de Louis Latour

Chapelle du château actuellement

 

La chapelle actuelle Notre-Dame-du-Château

Lorsqu'en 1837 la porte monumentale du Château fut détruite pour donner du travail aux indigents, un an plus tard l'autorité ecclésiastique proposait l'érection d'un monument, ayant pour but de perpétuer la mémoire d'une chapelle dédiée à la Vierge qui existait autrefois sur ce point... et que ce monument serait élevé précisément à l'angle du mur à reconstruire...

Acceptée par le Conseil municipal, l'actuelle Chapelle Notre-Dame-du-Château fut construite en 1858 et inaugurée le 8 septembre 1859.

Cette chapelle est bâtie au nord de la ville, près de la place Saint-Roch, à proximité de l'ancienne Porte du Château, la nef et le chœur creusé dans le talus qui domine la rue, au-dessous du Castela.

La façade présente un frontispice de style grec : un fronton triangulaire, soutenu par quatre colonnes, encadre la porte d'entrée et soutient le clocher à deux étages.

À l'intérieur, au-dessus de la statue, un clocheton surmonté d'une croix renferme la cloche datée de 1859.

La porte d'entrée s'ouvre sur une petite nef circulaire de près de trois mètres de diamètre ornée des statues de Saint Joseph et de Sainte Germaine.

 

Saint Joseph La Vierge et l'enfant Sainte Germaine
Saint Joseph
La Vierge et l'enfant
Sainte Germaine

Coll. H Bardies (2011)

 

En 1965, achat d'un autel de marbre, complété plus tard par un marchepied également de marbre.

Une petite grille de communion la sépare du sanctuaire qui abrite l'autel surmonté d'une Vierge à l'enfant.

À droite s'ouvre la sacristie, construite en 1860, extérieure au mur de la ville, éclairée par trois petites fenêtres, où s'ouvrait autrefois une porte vers le nord aujourd'hui murée.

La façade tournée vers le levant est encore bien conservée, mais la chapelle elle-même, enfoncée dans le sol comme une église rupestre, souffre de l'humidité qui ronge les murs, la coupole de la nef et la voûte du choeur.

Des peintures murales du XIXe siècle, il ne subsiste que des traces et, sur la coupole, le visage serein d'un christ en majesté...

 

Ci-dessous croquis de Louis Latour

ND du Château

 

Grand merci à Monsieur Louis Latour qui a réalisé cette étude
et m'a très aimablement autorisé à reproduire les extraits ci-dessus.

   

Historique 53 - La Chapelle N-D du Château