
Les Lavandières
Une lavandière, dans l'ancien temps, était une femme qui lavait et battait le linge à la main au bord d'un cours d'eau ou dans un lavoir.
Alors que les lavandières nettoyaient leur propre linge, dans certaines régions on les distinguait des laveuses, parfois appelées buandières, qui étaient des professionnelles travaillant pour les autres et principalement les riches (bugadieras en occitan).
Aujourd'hui, le mot blanchisseuse désigne le métier d'une personne qui lave dans une machine et ensuite repasse le linge (et parfois, l'amidonne).

Coll. F Dédominici
Hier
Le coin était joli et agréable... mais notre lavandière avait-elle le temps et le loisir de l'admirer ?
Poétiquement : Le mot lavandière était lié à celui d'eau fraîche, de source et de linge qui sent bon la lavande lorsqu'il était soigneusement repassé et empilé dans l'armoire.
Le mot lavandière est un mot féminin apparu au XIIe siècle. Ce métier, qui nécessitait beaucoup d'eau et énormément "d'huile de coude", était très pénible et très difficile. En hiver, il fallait parfois casser la glace du lavoir dont l'eau avait gelé, battre le linge dans le froid et l'eau glacée et l'humidité, debout ou à genoux, quelquefois les pieds dans l'eau, et elles avaient souvent "l'onglée" aux doigts (les doigts gelés). Sans oublier qu'elles devaient aussi pousser une brouette chargée de linge et divers accessoires. Elles étaient coiffées de foulards, de bonnets ou de grands chapeaux de paille l'été.
Laver le linge à la main, en ces temps anciens, nécessitait de l'eau (beaucoup d'eau), or il n'y avait pas encore l'eau courante dans les maisons alors que les fontaines publiques comme les puits étaient rares.
Outils le plus souvent utilisés par les lavandières
1 - Agenouilloir, baquet ou carrosse (un triolo) : Caisse en bois garnie intérieurement de paille, de foin ou de morceaux de tissus pour protéger les genoux des lavandières qui s'y accroupissaient.
2 - Planche à laver : On peut noter sur les images de cette page qu'à Auterive, les lavandières se tenaient surtout le long de "l'Ariège", les pieds dans l'eau, debout devant des planches à laver fixées sur quatre pieds.
3 - Battoir ou tapoir : Outil en hêtre avec lequel la lavandière battait son linge pour l'essorer une fois rincé. La taille et la forme du battoir étaient généralement ajustées à son utilisatrice et il était marqué pour le reconnaître facilement.
4 - Cuveau ou cuvier : Grand baquet, en terre ou en bois en forme de tonneau, muni à sa base d'une chantepleure (robinet) pour la vidange. Il servait à faire tremper le linge dans un mélange d'eau et de cendres (appelé bugadier ou bougadou dans certaines régions).
5 - La pince en bois : pour sortir le linge bouillant de la lessiveuse.
6 - La brosse à chiendent : qui permettait d'éliminer les taches rebelles.
7 - Le chevalet : fabriqué en bois, il permettait de suspendre provisoirement le linge et de le faire égoutter.
8 - La brouette : indispensable, car il fallait souvent faire plusieurs voyages dans la journée pour transporter les corbeilles de linge, le coffre, le battoir, la planche à laver ou le baquet, sans oublier le savon et la brosse.

Coll. L Latour
La grande lessive
"La grande lessive" était une cérémonie traditionnelle qui se déroulait deux fois par an, au printemps (après Pâques de préférence) et en automne (avant les grands froids et une fois les travaux des champs terminés).
À cette époque-là, ces opérations de grande lessive duraient deux ou trois jours et se déroulaient en grande partie au bord d'un cours d'eau ou au lavoir si le village en possédait un.
Les draps de grosse toile étaient changés environ chaque mois et après un rapide lavage au savon ils étaient rincés, séchés puis étendus dans le grenier en attendant le jour de la "bugée". Ceci pouvait se dérouler à la fontaine du village ou du quartier, ou avec l'eau du puits pour certains privilégiés.
Il en allait de même pour les chemises de chanvre, car les effets personnels étaient très limités, ce qui supposait qu'on en changeait peu souvent.
En dehors de la grande lessive, la fréquence des lavages dépendait du stock disponible du linge de rechange et on mesurait, dit-on, la richesse des familles, aux piles de draps entassées dans les armoires. C'est pourquoi les lavandières effectuaient régulièrement la petite lessive ordinaire du linge de maison, nappes, serviettes, torchons, linge de corps, quelques vêtements de travail. Les chemises ordinaires et les vêtements de travail étaient habituellement changés une fois par semaine, le dimanche de préférence ce qui permettait d'être présentable notamment pour se rendre à la messe.
Ces lessives s'effectuaient suivant un processus bien établi :
- Pour commencer, on triait le linge délicat du gros linge moins fragile afin de le disposer par la suite judicieusement dans le cuvier pour le faire bouillir.
- On effectuait ensuite le trempage qui consistait à faire tremper le linge dans un grand baquet rempli d'eau pour faire tomber au fond les matières peu adhérentes et solubles telles que les poussières et boues. Cette opération ne consommait que quelques seaux d'eau et il était réalisé à la maison.
- Ensuite, on procédait au décrassage (l'essangeage), et le jour suivant le trempage, comme il fallait de grandes quantités d'eau claire uniquement disponible dans les cours d'eau, le linge était apporté à la rivière proche (ou encore au lavoir) pour le frottage et rinçage. Le linge était ainsi lavé avec du savon (de Marseille) et les grosses taches frottées avec la brosse de chiendent puis rincé dans l'eau courante avant d'être retiré et mis à égoutter.
Il ne faut pas oublier que les chemins étaient en terre et dans les villages les rues pavées étaient rares ce qui favorisait la salissure des vêtements. Le lendemain, c'était jour de bue, et on allait faire cuire la lessive.

Coll. H Bardies (Carte ayant circulé en 1917)
>>> La buée, bugade, bugée
La "buée" (signifiant "lessive" qui se déroulait dans la buanderie et dans l'ancien provençal du XIIIe siècle "bugata"). Suivant les régions, faire la bue désignait l'ensemble de l'opération qui se déroulait sur trois jours alors que théoriquement ce mot s'applique à l'action de "faire bouillir le linge".
Le linge était entassé aux trois quarts dans de grands cuviers de terre cuite ou de bois, dont les parois internes étaient recouvertes d'un vieux drap. La lavandière commençait par disposer le linge le plus sale et elle terminait par le linge le plus fragile. Le tout était recouvert d'une grosse toile de chanvre et donc poreuse, nommée cendrier (ou charrier), sur laquelle elle étalait sur toute la surface la charrée qui faisait office de détergent, à savoir quelques centimètres de cendre de bois tamisée qu'elle avait retiré de la cheminée ou de la cuisinière et qu'elle ensachait parfois pour qu'elle ne se répande pas accidentellement.***.
Elle versait alors à plusieurs reprises de l'eau bouillante qui faisait dissoudre la cendre (carbonate de potasse) qui traversait tout le linge qui s'en imprégnait. La lessive ainsi obtenue s'écoulait par un trou ménagé à la partie inférieure du cuvier. Cette eau était récupérée (le lessis, mélange d'eau et de potasse) et réchauffée dans la chaudière à côté pour à nouveau après ébullition la déverser sur le linge. Cette opération prenait fin quand l'eau devenait marron ou lorsque l'eau de lessive ressortait presque bouillante. Il suffisait de laisser refroidir jusqu'au lendemain matin en recouvrant le cuvier d'une couverture pour maintenir la chaleur.
*** La cendre de bois (les meilleures cendres étaient celles des arbres fruitiers, des chênes, des charmes ou de l'orme, mais celles de chêne et de châtaignier étaient évitées, car leur forte teneur en tanin pouvait tacher le linge) remplaçait la lessive et le savon trop cher ou inconnu à une certaine époque. Les cendres qui contiennent du phosphate, grâce à leur richesse en carbonate de potasse, constituaient un excellent agent nettoyant. Des marchands ambulants vendaient accessoirement aussi des cendres pour la lessive.
Parfois, on ajoutait des orties en décoction qui forçaient encore plus le blanchissage. Des boules de bleu plongées dans l'eau de rinçage rendaient le linge d'un blanc étincelant. Des racines de saponaire jouaient le rôle d'assouplissant. Des rhizomes d'iris ou quelques branches de laurier servaient à parfumer la lessive.
- La lessiveuse : inventée au XIXe siècle, commercialisée vers 1870/1880, parvenue dans certaines campagnes vers 1900, fut utilisée régulièrement jusque dans les années 1960. C'était l'équivalent de la buée pour faire bouillir le linge, mais en beaucoup moins pénible et plus efficace.
En tôle de fer galvanisé, avant la guerre de 39/45, elle fonctionnait suivant un dispositif très ingénieux, utilisant uniquement la chaleur (provenant du feu qui brûlait sous le trépied la supportant).
L'eau chauffée au fond qui montait par un tube central terminé par un champignon percé sur son pourtour, se répandait à la surface du linge pour le traverser et poursuivre ainsi un circuit constant.
- Retour au bord du cours d'eau ou du lavoir, où la lavandière s'appuyant sur sa planche, alternativement mouillait le linge, l'essorait légèrement pour le laver au savon de Marseille, le frappait avec un battoir pour en extraire le détergent et le rinçait dans l'eau courante. Elle recommençait ainsi jusqu'au moment où elle estimait que le linge était parfaitement nettoyé. Elle ne tordait pas le linge au dernier rinçage pour ne pas le chiffonner et pour éviter que les fibres ne se cassent.
Coll. H Bardies (Carte ayant circulé en 1950)
Il ne restait plus qu'à placer le linge essoré dans le panier sur la brouette pour le ramener et l'étendre pour sécher.
Coll. H Bardies (Carte ayant circulé en 1907)
- Le séchage du linge se déroulait soit au grenier, aéré par des lucarnes, soit devant le poêle ou la cheminée, soit au jardin sur un fil, ou directement étendu sur l'herbe du pré ou les haies.
- Le repassage et le rangement dans les armoires :
Le linge était ensuite repassé à l'aide de fers en fonte très lourds posés sur des fourneaux et il fallait en posséder au moins deux jeux : un qui chauffait pendant que l'autre était utilisé. Plus tard, sur la semelle de fonte on installa une boîte métallique permettant de contenir quelques braises ce qui permettait de maintenir le fer chaud plus longtemps.
On jugeait de la chaleur en l'approchant de la joue.
On nettoyait la semelle à l'aide d'un chiffon blanc imprégné de cire de bougie afin qu'il glisse sur le tissu.

Coll. H Bardies (Carte ayant circulé en 1950)
Aujourd'hui
La pratique de la bue a duré jusqu'à l'arrivée de la lessiveuse en métal à champignon qui permettait de faire circuler l'eau chaude. De nos jours, depuis les années 50/60, les machines permettent de laver puis sécher le linge avec des produits très performants.
Les blanchisseries ont pris la relève de l'activité exercée par les lavandières, et la généralisation de l'eau courante dans les habitations, puis la généralisation de l'emploi des machines à laver, ont définitivement fait disparaitre ce métier pénible au milieu du XXe siècle.
De nos jours, depuis les années 50/60, les machines permettent de laver puis sécher le linge avec des produits très performants.
Le Conseil (municipal) d'Auterive, en 1835, projette l'établissement d'une lavière (lavoir) pour faciliter le travail des lavandières et aussi les mettre à l'abri des intempéries... honorable vu qui ne fut jamais suivi d'effet.
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Cette machine à laver qui date d'au moins 70 ans est exposée au Musée des Vieux Outils d'Auterive, Rue C. Pelletan, où l'entrée est gratuite. |


