Pont roman d'Auterive

            

 

 

Le Pont roman d'Auterive

 

À Auterive, c'est la conjonction de conditions favorables et d'un pouvoir seigneurial fort qui permit sans doute la construction d'un tel ouvrage : pouvoir de rassembler les moyens nécessaires avec les corvées et aussi capables d'en assumer le financement par les taxes et impositions, sans oublier les collectes, dons, legs…

Ce grand pont mesurait 233,48 m de long, 4,71 m de large, comprenait 11 arches en plein cintre (7 au dessus de l'Ariège, 2 enjambant l'île du Ramier et deux autres au dessus du canal du Moulin-Vieux. Ces arches étaient soutenues par dix piliers et par deux culées s'ancrant sur les deux rives.

L'ouvrage était bâti de briques liées au mortier de chaux et de sable. Seules les parties les plus exposées au courant étaient construites en pierres de taille liées entre elles et la maçonnerie de briques par des crampons en fer.

Naturellement, ce pont qui assurait la liaison entre l'île du Ramier de la Ville Haute (St-Paul) et la place du Bout du Pont (La Madeleine) était grevé d'un droit de péage (pontanage).

Le pont résista ainsi pendant plus de 4 siècles aux intempéries et aux crues de l'Ariège avec dans l’intervalle des réparations entreprises de 1551 à 1556.

En 1595, les États du Languedoc décidèrent de procéder à une vérification (une expertise) du pont avant d'exécuter les réparations nécessaires. Mais faute de finances, les incessants délais accordés pour assurer les paiements prévus par contrat ne permirent pas d'entreprendre l'entretien minimum. On pouvait en effet constater que le bourg était ruiné, ses couvents ravagés, ses églises en partie détruites.

 

Malheureusement, étant peu et mal entretenu le pont ne supporta pas la terrible montée des eaux du 16 janvier 1599 et sous les coups de boutoir d'une grande crue la septième pile s'effondra dans l'Ariège, entrainant dans sa chute les deux arches qu'elle soutenait. (voir le plan)

 

Cette catastrophe aux conséquences incommensurables provoquait la coupure de la ville de ses faubourgs du Bout du Pont et de Saint-Martin, les marchés et les foires étaient privés de leurs fournisseurs et de leurs acheteurs, les paysans se trouvaient dans l'incapacité de travailler leurs terres situées sur l'autre rive. Tout trafic et tout commerce des voyageurs et des marchands devenaient interdits, lors de la période de l'année où les eaux tumultueuses de l'Ariège ne permettaient guère l'usage du gué.

C'est pourquoi à partir de cette date, le Conseil de la communauté décidait de mettre en place un bateau pour traverser l'Ariège et un droit de bac ou de passage de barque se substituait à la taxe perçue jusqu'alors pour la traversée du pont. En réalité, on utilisait deux barques, l'une pour la traversée de la rivière et une autre pour la traversée du canal.

Toujours en 1599, il était décidé en urgence de porter réparation à la partie effondrée du pont par la reconstruction des piles en briques et la mise en place de voutes en bois. Mais de sérieuses difficultés survenaient d'une part entre le premier consul et le syndic de la Ville reprochant à l'entrepreneur l'utilisation de mauvais bois et le non-respect des délais et d'autre part ce dernier attribuant les retards des travaux au retard de paiement... le pont restait impraticable.

En 1613, il était de nouveau dressé un cahier des charges et après de multiples enchères à la chandelle l'entrepreneur retenu se mettait au travail en 1615, c'est-à-dire après obtention de l'autorisation royale qui permettait de lever à Auterive les sommes nécessaires à la restauration du pont.

Mais de nouvelles et importantes crues survenaient en 1617 et 1618 qui ne facilitaient pas la poursuite du chantier et en 1625 les réparations n'étaient pas toujours terminées. Échecs imputables à des causes naturelles, mais comme par le passé surtout à la ruine de la Province par les guerres de religion.

Faute d'archives, on peut simplement conclure que le pont ne fut jamais réparé et la situation resta en l'état jusqu'à la construction du pont actuel en 1832.

 

Vestiges du pont roman d'Auterive
Coll. F Dédominici

 

En 1835, le Conseil (municipal) est interpellé au sujet de la vieille arche du pont roman (Voir le plan : pile 10 avec sa voute qui s'appuie sur la culée, repère Z), qui est restée debout côté vieille église à la Madeleine. "Ces ruines obstruent le cours des eaux et produisent des atterrissements (dépôt de matières terreuses formé par les eaux) nuisibles à la navigation. L'enlèvement de ces ruines a été souvent demandé, mais l'exécution non réalisée, car l'autorité a exigé que les ruines soient supprimées à une profondeur considérable en dessous pour ne pas laisser un écueil pour les bateaux de navigation. C'est-à-dire jusqu'au niveau de l'étiage vu qu'à l'étiage on ne peut plus naviguer, et par contre lorsqu'il y a assez d'eau pour naviguer les bateaux ne pourront jamais toucher la partie des fondements restés debout."

Il est donc demandé de faire démolir cette vieille arche du pont située du côté de l'église de la Magdeleine (avec un "g" à Magdeleine comme on l'écrivait à l'époque).

Lors de la Séance du Conseil municipal de 1954, il est décidé la construction d'un mur de soutènement en bordure de la place publique, qui sera aménagé entre l'Ariège et le canal du vieux moulin, aujourd'hui square Clémenceau.(repère W sur photo ci-dessous)

Le Conseil (municipal) déposa un projet en 1957 pour la construction d'un mur de soutènement en galions du nouveau pont de l'Ariège jusqu'aux vestiges de l'ancien pont, aujourd'hui place de la Vieille Église. (repère X sur photo ci-dessus)

 


Pont roman et ses vestiges
Coll. H Bardies (Carte ayant circulé en 1969)


Repère A : le pont roman à St-Paul.
Repère B : les vestiges de l'ancien pont, au milieu de l'Ariège.
Repère C : l'actuel parking près de la poste, où se trouvait approximativement l'arche (entre la pile 1 du plan et la porte du Mercadal) qui servait au nivellement de la pente depuis la fin du pont jusqu'à l'entrée de la ville entre les deux tours.
Repère D : 1961, date à laquelle a été inaugurée la Halle à la volaille, qu'on aperçoit à l'arrière-plan.

 

Extrait de la Séance du Conseil (municipal) de 1826

  • Monsieur Marseillan écrit et précise au sujet du Moulin, pour savoir à qui incombe la réparation.
    Le pont qui se trouve sur le chemin de la barque du passage de l'Ariège, et qui est construit au bout de la promenade sur le canal du moulin (repère Y sur le plan), nécessite réparation très urgente. Pont près de la promenade du Mercadal.
    Entre le canal et la rivière près du pont il n'y a que le chemin qui conduit au port où le passage du bac a été établi.
    Ce vieux pont est une partie du vieux pont, qui est tombé depuis plus de 200 ans.
    3e) Qu'au lieu d'une arche qui serait nécessaire pour le canal, il y en a deux, l'une petite qui a été construite du coté de la ville pour le nivellement de la pente de rue Mercadal et pour l'évacuation des eaux qui venaient anciennement du ruisseau dit des Monges ou des Poulets et l'autre plus grande pour le passage de l'eau du canal.
    4e ) Les murs de soutènement formant la culée du pont dont il s'agit, du coté du chemin qui mène à la rivière n'ont été faits que depuis la chute du pont.

 

 

               

   

Album1 - Les Ponts p01b